SYNOPSIS :
NOTE : ⭐ 8.5/10

CRITIQUE :
Le premier vrai charme de Tellement flou d'elle ! est le fait que les lunettes officient vraiment en tant qu’objet totem, fil rouge de l’évolution du récit.
La vue et le regard sont vraiment érigés à la fois comme moteur de l’évolution de la relation amoureuse entre Mie et Komura par le biais de l’objet « lunettes », mais aussi comme réel parti pris graphique et iconographique. Tout au long du manga, on met un point d’honneur à multiplier les points de vue offerts au lecteur, tantôt internes puisqu’on est dans la tête du protagoniste ; tantôt externe quand on s’intéresse directement à Mie et sa facette mystérieuse ; mais Kome Fujichika multiplie également les points de vue des différents personnages, qu’ils soient principaux ou tertiaires, afin d’immerger le spectateur dans l’ambiance de la salle de classe des deux protagonistes. Pour ce qui est des partis pris du style de dessin de l’œuvre, les cases et planchent s’inspirent clairement du cinéma, notamment par la présence beaucoup de scènes vues du dessus. Le découpage des planches ressemble beaucoup à un storyboard, on suit à plusieurs moments une succession de mouvements à défaut de suivre le gros de l’action directement.


Exemple de planches style storyboard, omniprésentes dans le manga.
La mauvaise vue de Mie étant centrale dans le récit, les dessins floutés lorsqu’elle oublie ses lunettes favorisent l’immersion dans les tomes/chapitres. C’est super intéressant à observer, c’est une énième d’ériger les lunettes en fil rouge du récit et de la diégèse. Les yeux de Mie sont par ailleurs bien plus étoffés et travaillés que dans la version animée. Ayant commencé le manga après la saison 1, je suis agréablement surpris de cela ! Les sentiments véhiculés sont plus précis, touchent dans le vif. Comme dit précédemment, sa maladresse a même un impact sur la lecture de tout un chacun. Les lunettes en bas du nez, les rougissements, l’iris net et bien démarqué pour un regard souvent candide, du moins dans la première partie de l’œuvre, entrent dans le cliché de la fille bienveillante et maladroite.
Le second charme de cette œuvre est l’entrelacement de clichés et de prises de liberté dans la relation amoureuse qui s’esquisse entre Mie et Komura.
On retrouve dans le manga des "arènes" ou lieux classiques de romance : les bains pendant le voyage scolaire, l'aquarium, le local de matériel du gymnase, l'infirmerie, la grande roue… On peut d'ailleurs en dire de même de certaines scènes : celle du placard au chapitre 103, du pique-nique extérieur comme dans Kubo San Won't Let Me Invisible… Mais surtout les deux suivantes. Mie porte un yukata au festival de leur ville, classique de tout manga se voulant un tant soit peu romantique, sa chaussure se casse et Komura la porte. Lorsqu'il est sur le point de se déclarer, le feu d'artifice coupe le dialogue. L'infirmerie joue quant à elle un rôle pleinement quotidien, puisque c'est le lieu qu'a choisi Mie pour pouvoir toucher le visage de Komura, une fois par jour.
Là où les lieux et scènes ne sortent pas de l'ordinaire, le développement de la relation entre les deux personnages témoignent l'inverse. Komura n’arrive pas à faire évoluer les choses car il pense la déranger, tandis qu’elle le fuit parce qu’elle ne semble pas comprendre ses propres sentiments et qu’elle craint leur séparation et leur changement d’école, alors que la fin d’année approche. Elle craint s’être trompée sur la nature des sentiments de son camarade, car il s’est un petit peu éloigné, tandis que lui pense plus ou moins la même chose d’elle. Vous me direz que cet archétype est classique, ce qui est assez vrai, mais l'exécution détonne de beaucoup d'œuvres du même genre, celles des romances adolescentes : en général, il n'y a pas vraiment de blocage. Dans Quand Takagi me taquine, la romance évolue doucement mais sûrement, sans aucune réelle incertitude ; dans Mon Amie des ténèbres, l'ouverture progressive au monde d'Akane favorise le développement d'une romance douce, inclusive et mélodieuse ; dans À quoi tu joues, Ayumu ?!, le protagoniste dit clairement qu'il ne se déclarera qu'à partir du moment où il aura battu son aînée du club de go, cela constitue la seule "entrave" au développement plus rapide de leurs sentiments respectifs… Les réels obstacles n'arrivent pas si souvent.
Le troisième et dernier gros charme du manga : ses superbes chapitres spéciaux.
Il y a 22 chapitres spéciaux dans le manga, qui dynamisent réellement l’œuvre. On peut les passer si on veut suivre la trame narrative principale, comme les lire et accéder aux petits bonbons laissés par le/la mangaka. Les extras sincèrement géniaux, m'ont transporté en plus de présenter de belles planches.
POINTS NOIRS DU MANGA :
Il faut s’attacher aux partis pris graphiques si on veut pleinement apprécier la lecture du manga. En animé, j’ai trouvé l’œuvre toute somme banale et la réalité reste que le manga – du moins, quand on ne s’attache pas, comme moi, à la singularité des partis pris – l’est tout autant. La romance traîne parfois en longueur, les personnages se rapprochent mais stagnent dans leur manière d’aller vers autre et de se fuir mutuellement, même s’ils ne le font ni volontairement, ni pour les mêmes raisons. Les dialogues ne sont pas particulièrement poignants, les personnages secondaires sont plus que classiques, je vois Tellement flou d'elle ! comme les mangas de Soichiro Yamamoto, qui s’inscrivent vraiment dans la même veine. Si on s’attèle aux détails, on remarque également que la mauvaise vue de Mie, qui fait pourtant partie de son caractère, n’altère pas sa manière de se comporter avec Komura. J’entends que depuis le début de l’œuvre, le cliché de la fille qui ne sait pas gérer les distances et colle son visage à celui de son camarade est mis en place. En revanche, cette mauvaise évaluation de la distance devrait changer lorsqu’elle conscientise qu’elle est amoureuse de lui, ce qui n’arrive que trop légèrement. Elle est timide, mais sa timidité ne se manifeste pas dans ce procédé narratif pourtant simple, ce que je trouve dommage puisque les personnages sont bien construits. Dans Aharen-san Wa Harakenai par exemple, l’amour qui unit les protagonistes explique la poursuite de cette proximité physique, elle s’approche de lui parce qu’elle peine à comprendre ses propres sentiments.
BELLES PLANCHES :

Chapitre 46.1

Chapitre 70


Chapitre 71


Chapitre 73 - magnifique dans son entièreté

Chapitre 79

Chapitre 86

Chapitre 95

Chapitre 107