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The Promised Neverland

11 juillet 2025 par
Noa Boilvin

SYNOPSIS :

« Emma, Norman et Ray coulent des jours heureux à l’orphelinat Grace Field House. Entourés de leurs petits frères et sœurs, ils s’épanouissent sous l’attention pleine de tendresse de « Maman », qu’ils considèrent comme leur véritable mère. Mais tout bascule le soir où ils découvrent l’abominable réalité qui se cache derrière la façade de leur vie paisible ! Ils doivent s’échapper, c’est une question de vie ou de mort ! » (Source)


NOTE : ⭐10/10



INTRODUCTION :

Je me souviens du moment où j’ai lancé le premier épisode de The Promised Neverland. J’ai commencé avec l’animé, en voyant un article spécifiant que le manga prendrait fin bientôt. La saison 1 est, selon moi, un carton plein, dans la mesure où elle introduit une histoire et des personnages bien construits, dans un univers mystérieux gouverné par des démons dont on ne connait pas les intentions. J’ai eu la chance de finir la saison 1 longtemps avant l’annonce de l’arrivée de la saison 2, j’ai donc commencé le manga en scans durant la fin d’année 2021. L’absurdité de la saison 2 sera intégrée à cette critique, car elle permet de mettre en parallèle certains éléments du récit, mais surtout car elle me servira à appuyer mon propos.

 

ANALYSE :

Après avoir relu les tomes adaptés dans la saison 1, j’ai pu comprendre à quel point celle-ci était fidèle, mais surtout pourquoi les gens apprécient tant la version animée. L’osmose du trio de personnages principaux, encrée dans le contexte de l’histoire, celui d’une sorte de ferme à enfants gérée par des « mama », aussi mystérieuses que terrifiantes, est construite sur leurs caractères respectifs. Ray est un pré-adolescent assez rustre, et assez peu ouvert aux autres. Il ne considère pratiquement que ses deux camarades, Emma et Norman, à qui il voue une entière confiance. Norman est plus lucide et mature, bien plus calme que Ray, les enfants de Grace Field peuvent compter sur lui quand il s’agit de prendre des décisions importantes. Emma, la protagoniste du manga, est la plus sujette au processus d’identification dont les lecteurs raffolent : elle est gentille, a le cœur sur la main, tout en étant peu naïve et en ayant les épaules pour guider les autres, sortir de sa zone de confort… Ce trio se complète, mais est, au départ de l’histoire, gangréné par un secret que dissimule Ray. L’ironie dramatique se met en place, et le lecteur comprend assez rapidement que celui-ci est proche de mama Isabella sans le montrer.

Nous apprenons plus tard que celle-ci est sa mère. Petit, il sifflote la chanson que sa mère lui fredonnait pendant qu’elle était enceinte puis quand elle le mit au monde : en réalité, son hyperthymésie [1] a permis à sa propre mère d’identifier son fils. Le flashback de son enfance retentit directement sur l’histoire, car on comprend beaucoup de choses : les « privilèges » auxquels Ray accède, mais, surtout, le dilemme qui ronge petit à petit l’esprit d’un enfant, le poussant à devenir plus agressif à mesure que le choix qui s’imposent à lui approche. En réalité, il faut voir le développement de l’histoire comme une véritable courbe. Celle-ci évolue, de manière assez linéaire et stable, avant qu’un pic d’intensité survienne et fasse évoluer la tension du récit.

 

Si on les identifie, du moins dans la première partie de l’histoire, cela donne :

- Mort de Conny : Emma assiste à son décès, et découvre les démons. Cela constitue la première péripétie, mais aussi la véritable entrée dans l’histoire. Cet événement permet de saisir que la hiérarchie établie depuis le début du manga n’est pas la bonne, les mamas sont bien gouvernées par une instance au-dessus d’elles.

- Découverte de William Minerva, personnage central de l’histoire malgré le fait qu’on ne sache rien de lui. On ne sait pas s’il utilise une fausse identité, ni s’il est encore en vie, puisqu’il transmet des messages par le biais d’énigmes dans les livres de Grace Field. Son arrivée questionne la condition des enfants, et ce qu’ils doivent faire pour échapper à leur destin funeste.

- Arrivée de sœur Krone : ce personnage, en plus d’être mû par des intentions volontairement troublées, instaure une sorte d’angoisse dès son arrivée. Les sentiments ressentis par le lecteur sont les mêmes que ceux des personnages eux-mêmes, qui sont déboussolés par l’arrivée du seul personnage extérieur à Grace Field. Celle-ci semble être au courant de ce que sont les entités trônant au sommet du monde, et son étrange attrait pour les trois personnages principaux amène une angoisse clairement palpable. À sa mort, elle lègue un objet au trio de protagonistes, après les avoir couverts dans leurs plans.

- L’échec du plan de fuite de Ray, Norman et Emma, qui s’enfuient par-delà les murs pour comprendre que seul le vide demeure. Dans la foulée, Norman est supposé mort, car il est emporté, ayant atteint l’âge auquel les enfants sont dévorés par les démons.

- Enfin, la dernière étape est le second plan de fuite, et l’émancipation partielle de Ray, qui prend parti pour Emma. Celui-ci se coupe l’oreille, dans laquelle était implanté une puce GPS, et s'émancipe enfin de l'emprise de sa mère.

J’estime que la seconde partie de l’histoire débute à partir de la fuite de Grace Field. L’allégorie du lien qui demeure entre les fuyards et leur lieu de naissance est Phil, qui a pour objectif de veiller sur les enfants trop jeunes pour suivre Emma et Ray. Il devra attendre leur retour, en protégeant ses camarades. Pour faire rapide, on découvre dans cette fuite une nouvelle facette de Ray, qui se révèle extrêmement cruel avec les autres personnages de l’histoire. Pour protéger Emma, il serait prêt à n’importe quoi, mais cela ne suffit pas puisque celle-ci se retrouve enfermée dans Goldy Pont

C’est ici qu’intervient la saison 2 de The Promised Neverland, puisqu’elle supprime tout bonnement les meilleurs personnages et le meilleur arc de l’œuvre. Et que dire de cet arc : il est simplement parfait. Nous y découvrons des personnages phares : Yugo, un ancien enfant de l’orphelinat Glory Bell ; ainsi que celui qu’il pensait mort, Lucas ; tous les enfants de Goldy Pont ; le véritable William Minerva ; et, enfin, Lewis et ses compères démons.

 

CRITIQUE :

Il y a plusieurs choses que j’aime beaucoup dans ce manga. À commencer par la manière avec laquelle l’ambiance pesante est mise en place : le style graphique est déjà déconcertant, dépaysant pour celles et ceux qui ne sont pas habitués à consommer des œuvres visuellement « atypiques » (telles que Dr. Stone…), mais le contexte dans lequel vivent ces enfants sert également cet effet. S’il leur paraît normal de subir des tests intensifs, extrêmement douloureux, de voir leurs amis disparaître quand ils atteignent les 13 ans… L’ironie dramatique est intrinsèquement vécue par le lecteur, conscient que tout cela n’est pas normal.

D’ailleurs, parlons en. L’ironie dramatique gravite autour de beaucoup de péripéties de l’œuvre, à commencer par le comportement de Ray et la fausse mort de Norman. Son départ est si étrange qu’il nous paraît logique de le revoir plus tard dans l’œuvre, on n’assiste pas directement au moment où les démons le dévorent, et le processus est le même pour Lucas. À Goldy Pont, on sait déjà ce qu’Emma va vivre, puisque l’introduction de Lewis et des autres démons est parlante… Celle-ci est intrinsèquement liée au contexte, Kaiu Shirai n’en abuse pas, et c’est un excellent point.

Le deuxième gros point positif de The Promised Neverland est la propension de son auteur à faire mourir ses personnages. Il faut des morts choc, il y en a beaucoup dans l’œuvre, mais l’aspect à souligner est bien l’archétype de personnages qui perdent la vie. En effet, ceux-ci sont souvent des adultes, anciens marginalisés ou fugitifs d’autres orphelinats : Krone, Yugo, Lucas, et, enfin William Minerva lui-même, sont des figures de proue du mouvement de rébellion que les humains sont sur le point d’instiguer. La mutinerie s’organise, on tente de renverser l’ordre établi et de récupérer les droits dont les Hommes sont censés jouir. Ces 4 personnages, adultes et matures, se sacrifient, sourire aux lèvres, pour le bien de tous les enfants enfermés dans ces espèces de fermes. Le plus marquant d’entre eux est bien Yugo, qui se ressaisit après avoir revu Lucas, un moment qui lui ouvrira les yeux et qui le poussera à faire exploser le bunker, les sacrifiant par la même occasion, afin de sauver la vie des enfants qu’il affectionne tant. Norman est également un de ces personnages, qu’on connait petit et qu’on voit indirectement devenir adulte. Ils sont également tous vecteurs des mystères qui rythment le récit, qui font avancer l’histoire et qui sont primordiaux dans le développement de l’univers et des différents personnages. Ils lèguent des objets mystérieux : secrets, stylo (pour Krone), messages codés et livres (pour William Minerva) ainsi que la fameuse salle du téléphone, qui éclaircit les mystères du monde extérieur, divisé entre territoires des démons et des humains.

Enfin, Lewis. Que dire de ce personnage sublime, artisan de la souffrance des enfants de Goldy Pont, qu’il chasse avec ses amis démons, qui frôle la mort et qui se reprend en main et décide de se battre pour l’égalité. Emma est la seule qui parvienne, avec l’aide de son équipe de choc, à le tenir en joue et à mettre fin à une de ses vies. Elle détruit le masque qui le protège avant de s’enfuir du complexe dans lequel elle est détenue, et le laisse inerte, seul avec ses pensées internes et le lourd goût de la défaite. Cet épisode prône la bien-pensance, la liberté, ainsi que l’ouverture d’esprit. Lewis sera le rempart le plus important du côté des humains, dans la guerre finale qui les oppose à ceux qui les dominent, les démons : il se dressera face à son propre peuple, afin de faire cesser la guerre et d’imposer sa vision d’un monde égalitaire, risquant sa propre vie pour l’équité.

Passons maintenant aux points noirs de l’œuvre. Il y en a peu, mais suffisamment pour être notés. Tout d’abord, les personnages secondaires, hormis ceux de Goldy Pont, qui sont utiles et développés (logique, beaucoup d’entre eux meurent en martyrs), sont quelque peu sous-développés. Je trouve que les personnages « secondaires » introduits dès Grace Field disparaissent progressivement, et ne bénéficient pas du développement et de l’impact qu’ils méritent. Je pense à des personnages comme Phil, Don et Gilda : oui, ils sont importants et prennent de la place, mais de moins en moins après la fuite des enfants. Ils opèrent en suiveurs alors qu’ils sont largement aptes à prendre de bonnes décisions, et je trouve sincèrement ça dommage. Ils sont les bras droit et gauche de notre trio lorsqu’ils fouillent dans les livres de Minerva, sont les seuls à deviner que quelque chose cloche et à finalement savoir pour les démons, mais la portée de leurs actions s’effondre dans la seconde partie de la trame narrative.

Enfin, la fin de l’œuvre. Oui, il est difficile de pondre une fin parfaite pour une œuvre aussi brutale et violente, sans rentrer dans le cliché. Oui, une fin malheureuse n’aurait aucun sens et ne se fonderait sur aucun événement concret. Mais là, tout le mystère de l’entité que rencontre Emma, ce dilemme auquel elle doit répondre, qui lui fait perdre ses souvenirs pour qu’elle finisse par se remémorer tous les événements par magie… J’aime beaucoup la fin dans la mesure où elle est simple et très heureuse, une fin que méritaient chacun des enfants, mais elle est aussi beaucoup trop simplement exécutée. Pour une œuvre aussi profonde, je m’attendais à une belle fin qui passe par une grosse douleur, l’univers est si noir qu’une fin sans aucune embuche me paraît quelque peu surréaliste. Hormis ces points noirs, je trouve que The Promised Neverland est l’un des meilleurs mangas de son genre : le rythme, l’ambiance, les arcs, sont excellents et restent des exemples de bonne(s) écriture(s).


[1]  L'hyperthymésie, ou syndrome hyperthymésique, désigne une condition psychologique extrêmement rare caractérisée par une capacité exceptionnellement supérieure à accéder à des souvenirs autobiographiques, c'est-à-dire une exaltation de la mémoire épisodique. Dans le cas de Ray, elle se matérialise par le biais des souvenirs qu'il a gardé de sa naissance.

 

Écrit par Noa, le 9 juillet 2025.